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 Paul Ambroise Valéry
Sète (Hérault) 30.10.1871 - Paris 20.7.1945

Sète

je suis né dans un de ces lieux
où j'aurais aimé de naître

Je suis né dans un port de moyenne importance, établi au fond d'un golfe, au pied d'une colline, dont la masse de roc se détache de la ligne générale du rivage. Ce roc serait une île si deux bancs de sable - d'un sable incessamment charrié et accru par les courants marins qui, depuis l'embouchure du Rhône, refoulent vers l'ouest la roche pulvérisée des Alpes - ne le reliaient ou ne l'enchaînaient à la côte du Languedoc. La colline s'élève donc entre la mer et un étang très vaste, dans lequel commence - ou s'achève - le canal du Midi. Le port qu'elle domine est formé de bassins et des canaux qui font communiquer cet étang avec la mer.

Tel est mon site originel, sur lequel je ferai cette réflexion naïve que je suis né dans un de ces lieux où j'aurais aimé de naître. Je me félicite d'être né en un point tel que mes premières impressions aient été celles que l'on reçoit face à la mer et au milieu de l'activité des hommes.

Paul Valéry

^up


bedeutender Repräsentant der spätsymbolistischen Dichtung
studierte in Montpellier
1890 Begegnung mit André Gide
1891 lernte er Stéphane Mallarmé kennen, der für ihn maßgebend wurde
1892 ließ er sich in Paris nieder
Dichterkreis um Stéphane Mallarmé
1889 - 1898 Gedichte, gesammelt im Album de vers anciens: führen die symbolistische Dichtung Mallarmés und Verlaines weiter. Auch Valéry ging von einer autonomen Realität des sprachlichen Kunstwerkes aus, und seine theoretischen Schriften kreisen immer wieder um die Frage des künstlerischen Bewußtseins.

1895 untersuchte er in Introduction à la méthode de Léonard de Vinci die Schaffensprinzipien Leonardo da Vincis

Weitere essayistische Texte:
1895 Erzählung Le Soirée avec Monsieur Teste (schildert die innere Realität eines Genies)

ab 1897 20jährige Dichterpause, vornehmlich philosophische und mathematische Studien, methodische Analyse mentaler und psychischer Prozesse

1897 - 1900 Beamter im Kriegsministerium
1900 - 1922 Mitarbeiter der Nachrichtenagentur Agence Havas

Sein literarisches Renommee beruht vorwiegend auf seiner Lyrik, eine von klassizistischer Formenstrenge getragene, symbolistische Poésie pure
1917 publiziert: La Jeune Parque (Die junge Parze), ein allegorisches Gedicht
1920 Le Cimetière marin (Der Friedhof am Meer)
1923 Charmes
1923 L’âme et la dance
1923 Eupalinos ou L’architecte, Theorie der Architektur und Musik als unmittelbar benachbarter Kunstformen (Essai)
1924-1944 Variété I-V
1925 Mitglied der Académie française
1932 L’Idée fixe
1932 Rede zu Ehren Goethes (Essai)
1933 Regards sur le monde actuel, die ideologischen Grundlagen der modernen Politik
1936 Zur Theorie der Dichtkunst
ab 1937 als Professor für Poetik am Collège de France

Verherrlichung des autonomen menschlichen Intellekts

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Le cimetière marin

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O recompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir !
Quand sur l'abime un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui garde en toi
Tant de sommeil sous un voile de flamme,
O mon silence !... Edifice dans l'ame,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit !

Temple du temps, qu'un seul soupir résume,
A ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin ;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine seme
Sur l'altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche ou sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'ame consumée
Le changement des rives en rumeurs.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

L'ame exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié !
Je te rends pure à ta place première :
Regarde-toi !... Mais rendre la lumiere
Suppose d'ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur !

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ses maigres rivages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne a sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse ?
Une étincelle y pense à mes absents.

Ferme, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plait, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierres et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombre ;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !

Chienne splendide, écarte l'idolatre !
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Eloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux !

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sècheresse ;
Tout est brulé, recu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence...
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leurs mystères.
Midi la-haut, midi sans mouvement,
En soi se pense et convient à soi-même...
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes !
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant...
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs !
Ou sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières ?
La larve file où se formaient des pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu !

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici ?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse ?
Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi !

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse !
Qui ne connait, et qui ne les refuse,
Le crâne vide, et ce rire éternel !

Meres profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Etes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable,
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas !

Amour, peut-être, ou de moi-même haine ?
La dent secrete est de moi si prochaine,
Que tous les noms lui peuvent convenir !
Qu'importe, il voit, il veut, il sent, il touche !
Ma chair lui plait et jusques sur ma couche,
A ce vivant je vis d'appartenir !

Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d'Elée !
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole et ne vole pas !
Le son m'enfante et la flèche me tue !
Ah le soleil... Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille, immobile à grands pas !

Non, Non !... Debout ! Dans l'ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme... O puissance salée !
Courons à l'onde en rejaillir vivant !

Oui ! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil,

Le vent se lève !... il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies
Le toit tranquille où picoraient des focs !

^up


Ode secrète

Chute superbe, fin si douce,
Oubli des luttes, quel délice
Que d'étendre à même la mousse
Après la danse, le corps lisse!

Jamais une telle lueur
Que ces étincelles d'été
Sur un front semé de sueur
N'avait la victoire fêté!

Mais touché par le Crépuscule,
Ce grand corps qui fit tant de choses,
Qui dansait, qui rompit Hercule,
N'est plus qu'une masse de roses!

Dormez, sous les pas sidéraux,
Vainqueur lentement désuni,
Car l'Hydre inhérente au héros
S'est éployée à l'infini ...

Ô quel Taureau, quel Chien, quelle Ourse,
Quels objets de victoire énorme,
Quand elle entre aux temps sans ressource
L'âme extraordinaire forme!

Fin suprême, étincellement
Qui, par les monstres et les dieux,
Proclame universellement
Les grands actes qui sont aux Cieux!

^up


Le rameur

À André Lebey.

Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M'arrachent à regret aux riants environs;
Âme aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le cœur dur, l'oeil distrait des beautés que je bats,
Laissant autour de moi mûrir des cercles d'onde,
Je veux à larges coups rompre l'illustre monde
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire,
Eau de ramages peinte, et paix de l'accompli,
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n'ont
Tant souffert d'un rebelle essayant sa défense:
Mais, comme les soleils m'ont tiré de l'enfance,
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain, toute la nymphe énorme et continue
Empêche de bras purs mes membres harassés;
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d'argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie;
Rien plus aveuglément n'use l'antique joie
Qu'un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l'eau profonde me porte,
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit,
Ils courent sur un front qu'ils écrasent d'ennui,
Mais dont l'os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L'âme baisse sous eux
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières,
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres,
Je m'enfonce au mépris de tant d'azur oiseux.

 


LES PAS

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !
.
.
.

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas.

^up


LA JEUNE PARQUE

Le Ciel a-t-il formé cet amas de merveilles
Pour la demeure d'un serpent?
Pierre Corneille

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes?... Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer?

Cette main, sur mes traits qu'elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un coeur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement...
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d'une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu?...
Je scintille, liée à ce ciel inconnu...
L'immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche; et sur l'écueil mordu par la merveille,
J'interroge mon coeur quelle douleur l'éveille,
Quel crime par moi-même ou sut moi consommé?...
... Ou si le mal me suit d'un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l'or des lampes)
J'ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs?
Toute? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d'un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J'y suivais un serpent qui venait de me mordre.

^up

Quel repli de désirs, sa traîne!... Quel désordre
De trésors s'arrachant à mon avidité,
Et quelle sombre soif de la limpidité!

Ô ruse!... À la lueur de la douleur laissé
Je me sentis connue encor plus que blessée...
Au plus traître de l'âme, une pointe me naît
Le poison, mon poison, m'éclaire et se connaît:
Il colore une vierge à soi-même enlacée,
Jalouse... Mais de qui, jalouse et menacée?
Et quel silence parle à mon seul possesseur?

Dieux! Dans ma lourde plaie une secrète soeur
Brûle, qui se préfère à l'extrême attentive.

Va! je n'ai plus besoin de ta race naïve,
Cher Serpent... Je m'en;ace, être vertigineux!
Cesse de me prêter ce mélange de noeuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine...
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine!
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries...
Laisse donc défaillir ce bras de pierreries
Qui menace d'amour mon sort spirituel...
Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable... Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes...
Ma surprise s'abrège, et mes yeux sont ouverts.
Je n'attendais pas moins de mes riches déserts
Qu'un tel enfantement de fureur et de tresse:
Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse
Si loin que je m'avance et m'altère pour voir
De mes enfers pensifs les confins sans espoir...
Je sais... Ma lassitude est parfois un théâtre.
L'esprit n'est pas si pur que jamais idolâtre
Sa fougue solitaire aux élans de flambeau
Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau.
Tout peut naître ici-bas d'une attente infinie.
L'ombre même le cède à certaine agonie,
L'âme avare s'entr'ouvre, et du monstre s'émeut
Qui se tord sur les pas d'une porte de feu...
Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,
Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses,
Si proche impatience et si lourde langueur,
Qu'es-tu, près de ma nuit d'éternelle longueur?
Tu regardais dormir ma belle négligence...
Mais avec mes périls, je suis d'intelligence,
Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu'eux.
Fuis-moi! du noir retour reprends le fil visqueux!
Va chercher des yeus clos pour tes danses massives.
Coule vers d'autres lits tes robes successives,
Couve sur d'autres coeurs les germes de leur mal,
Et que dans les anneaux de ton rêve animal
Halète jusqu'au jour l'innocence anxieuse!...
Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse,
Toute humide des pleurs que je n'ai point versés,
D'une absence aux contours de mortelle bercés
Par soi seule... Et brisant une tombe sereine,
Je m'accoude inquiète et pourtant souveraine,
Tant de mes visions parmi la nuit et l'oeil,
Les moindres mouvements consultent mon orgueil."

^up

Mais je tremblais de perdre une douleur divine!
Je baisais sur ma main cette morsure fine,
Et je ne savais plus de mon antique corps
Insensible, qu'un feu qui brûlait sur mes bords :

Adieu, pensai-je, MOI, mortelle soeur, mensonge...

Harmonieuse MOI, différente d'un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D'actes purs!... Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu'au large un vol mêle et soulève,
Dites!... J'étais l'égale et l'épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d'amour
À la toute-puissante altitude adorée...

Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu'opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d'or!
Poreuse á l'éternel qui me semblait m'enclore,
Je m'offrais dans mon fruit de velours qu'il dévore
Rien ne me murmurait qu'un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m'était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.
Puis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,
Je m'ébranlais brûlante et foulais le sol plein,
Liant et déliant mes ombres sous le lin.
Heureuse! A la hauteut de tant de gerbes belles,
Qui laissait à ma robe obéir les ombelles,
Dans les abaissements de leur frêle fierté
Et si, contre le fil de cette liberté,
Si la robe s'arrache à la rebelle ronce,
L'arc de mon brusque corps s'accuse et me prononce,
Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs
Que dispute ma race aux longs liens de fleurs!

Je regrette à demi cette vaine puissance...
Une avec le désir, je fus I'obéissance
Imminente, attachée à ces genoux polis;
De mouvements si prompts mes voeux étaient remplis
Que je sentais ma cause à peine plus agile!
Vers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,
Et dans l'ardente paix des songes naturels,
Tous ces pas infinis me semblaient éternels.
Si ce n'est, ô Splendeur, qu'à mes pieds l'Ennemie,
Mon ombre! la mobile et la souple momie,
De mon absence peinte effleurait sans effort
La terre où je fuyais cette légère mort.
Entre la rose et moi je la vois qui s'abrite;
Sur la poudre qui danse, elle glisse et n'irrite
Nul feuillage, mais passe, et se brise partout...
Glisse! Barque funèbre...
. Et moi vive, debout,
Dure, et de mon néant secrètement armée,
Mais, comme par l'amour une joue enflammée,
Et la narine jointe au vent de l'oranger,
Je ne rends plus au jour qu'un regard étranger...
Oh! combien peut grandir dans ma nuit curieuse
De mon cceur séparé la part mystérieuse,
Et de sombres essais s'approfondir mon art!...
Loin des purs environs, je suis captive, et par
L'évanouissement d'arômes abattue,
Je sens sous les rayons, frissonner ma statue,
Des caprices de l'or, son marbre parcouru.
Mais je sais ce que voit mon regard disparu;
Mon oeil noir est le seuil d'infernales demeures!
Je pense, abandonnant à la brise les heures
Et l'âme sans retour des arbustes amers,
Je pense, sur le bord doré de l'univers,
A ce goût de périr qui prend la Pythonisse
En qui mugit l'espoir que le monde finisse.
Je renouvelle en moi mes énigmes, mes dieux,
Mes pas interrompus de paroles aux cieux,
Mes pauses, sur le pied portant la rêverie
. Qui suit au miroir d'aile un oiseau qui varie,
Cent fois sur le soleil joue avec le néant,
Et brûle, au sombre but de mon marbre béant.

^up

Ô dangereusement de son regard la proie!

Car l'oeil spirituel sur ses plages de soie
Avait déjà vu luire et pâlir trop de jours
Dont je m'étais prédit les couleurs et le cours.
L'ennui, le clair ennui de mirer Ieur nuance,
Me donnait sur ma vie une funeste avance :
L'aube me dévoilait tout le jour ennemi.
J'étais à demi morte; et peut-être, à demi
Immortelle, rêvant que le futur lui-même
Ne fût qu'un diamant fermant le diadème
Où s'échange Ie froid des malheurs qui naîtront
Parmi tant d'autres feux absolus de mon front.

Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,
Ressusciter un soir favori des colombes,
Un soir qui traîne au fil d'un lambeau voyageur
De ma docile enfance un reflet de rougeur,
Et trempe à l'émeraude un long rose de honte?

Souvenir, ô bûcher, dont le vent d'or m'affronte,
Souffle au masque la pourprc imprégnant le refus
D'être en moi-même en flamme une autre que je fus...
Viens, mon sang, viens rougir la pâle circonstance
Qu'ennoblissait l'azur de la sainte distance,
Et l'insensible iris du temps que j'adorai!
Viens consumer sur moi ce don décoloré
Viens! que je reconnaisse et que je les haïsse,
Cette ombrageuse enfant, ce silence complice,
Ce trouble transparent qui baigne dans les bois...
Et de mon sein glacé rejaillísse la voix
Que j'ignorais si rauque et d'amour si voilée...
Le col charmant cherchant la chasseresse ailée.

Mon coeur fut-il si près d'un coeur qui va faiblir?

Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m'ensevelir
Dans l'arrière douceur riant à vos menaces...
Ô pampres! sur ma joue errant en fils tenaces,
Ou toi... de cils tissue et de fluides fûts,
Tendre lueur d'un soir brisé de bras confus?

^up

"Que dans le cíel placés, mes yeux tracent mon temple!
Et que sur moi repose un autel sans exemple!"

Criaient de tout mon corps la pierre et la pâleur...
La terre ne m'est plus qu'un bandeau de couleur
Qui coule et se refuse au front blanc de vertige...
Tout l'univers chancelle et tremble sur ma tige,
La pensive couronne échappe à mes esprits,
La mort veut respirer cette rose sans prix
Dont la douceur importe à sa fin ténébreuse!

Que si ma tendre odeur grise ta tête creuse,
Ô mort, respire enfin cette esclave de roi :
Appelle-moi, délie!... Et désespère-moi,
De moi-même si lasse, image condamnée!
Écoute... N'attends plus... La renaissante année
A tout mon sang prédit de secrets mouvements:
Le gel cède à regret ses derniers diamants...
Demain, sur un soupir des Bontés constellées,
Le printemps vient briser les fontaines scellées:
L'étonnant printemps rit, viole... On ne sait d'où
Venu? Mais la candeur ruisselle à mots si doux
Qu'une tendresse prend la terre à ses entrailles...
Les arbres regonflés et recouverts d'écailles
Chargés de tant de bras et de trop d'horizons,
Meuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,
Montent dans l'air amer avec toutes leurs ailes
De feuilles par milliers qu'ils se sentent nouvelles...
N'entends-tu pas frémir ces noms aériens,
Ô Sourde!... Et dans I'espace accablé de liens,
Vibrant de bois vivace infléchi par la cime,
Pour et contre les dieux ramer l'arbre unanime,
La flottante forêt de qui les rudes troncs
Portent pieusement à leurs fantasques fronts,
Aux déchirants départs des archipels superbes,
Un fleuve tendre, ô mort, et caché sous les herbes?

Quelle résisterait, mortelle, à ces remous?
Quelle mortelle?
. Moi si pure, mes genoux
Pressentent les terreurs de genoux sans défense...
L'air me brise. L'oiseau perce de cris d'enfance
Inouïs...l'ombre même où se serre mon coeur,
Et roses! mon soupir vous soulève, vainqueur
Hélas! des bras si doux qui ferment la corbeille...
Oh! parmi mes cheveux pèse d'un poids d'abeille,
Plongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,
Le point délicieux de mon jour ambigu...
Lumière!... Ou toi, la mort! Mais le plus prompt me prenne!...
Mon coeur bat! mon coeur bat! Mon sein brûle et m'entraîne!
Ah! qu'il s'enfle, se gonfle et se tende, ce dur
Très doux témoin captif de mes réseaux d'azur...
Dur en moi... mais si doux à la bouche infinie!...

Chers fantômes naissants dont la soif m'est unie,
Désirs! Visages clairs!... Et vous, beaux fruits d'amour,
Les dieux m'ont-ils formé ce maternel contour
Et ces bords sinueux, ces plis et ces calices,
Pour que la vie embrasse un autel de délices,
Où mêlant l'âme étrange aux éternels retours,
La semence, le lait, le sang coulent toujours?
Non! L'horreur m'illumine, exécrable harmonie!
Chaque baiser présage une neuve agonie...
Je vois, je vois flotter, fuyant l'honneur des chairs
Des mânes impuissants les millions amers...
Non, souffles! Non, regards, tendresses... mes convives,
Peuple altéré de moi suppliant que tu vives,
Non, vous ne tiendrez pas de moi la vie!... Allez,
Spectres, soupirs la nuit vainement exhalés,
Allez joindre des morts les impalpables nombres!
Je n'accorderai pas la lumière à des ombres,
Je garde loin de vous, l'esprit sinistre et clair...
Non! Vous ne tiendrez pas de mes lèvres l'éclair!...
Et puis... mon coeur aussi vous refuse sa foudre.
J'ai pitié de nous tous, ô tourbillons de poudre!

Grands Dieux! Je perds en vous mes pas déconcertés!
Je n'implorerai plus que tes faibles clartés,
Longtemps sur mon visage envieuse de fondre,
Très imminente larme, et seule à me répondre,
Larme qui fais trembler à mes regards humains
Une variété de funèbres chemins;
Tu procèdes de l'âme, orgueil du labyrinthe,
Tu me portes du coeur cette goutte contrainte,
Cette distraction de mon suc précieux
Qui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,
Tendre libation de l'arriére-pensée!
D'une grotte de crainte au fond de moi creusée
Le sel mystérieux suinte muette l'eau.
D'où nais-tu? Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l'ombre amère?
Tu gravis mes degrés de mortelle et de mère,
Et déchirant ta route, opiniâtre faix,
Dans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais
M'étouffent... Je me tais, buvant ta marche sûre...
- Qui t'appelle au secours de ma jeune blessure!

Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi?
Pour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,
Aveugle aux doigts ouverts évitant l'espérance!
Où va-t-il, sans répondre à sa propre ignorance,
Ce corps dans la nuit noire étonné de sa foi?
Terre trouble... et mêlée à l'algue, porte-moi,
Porte doucement moi... Ma faiblesse de neige,
Marchera-t-elle tant qu'elle trouve son piège?
Où traîne-t-il, mon cygne, où cherche-t-il son vol?
... Dureté précieuse... O sentiment du sol,
Mon pas fondait sur toi l'assurance sacrée!
Mais sous le pied vivant qui tâte et qui la crée
Et touche avec horreur à son pacte natal,
Cette terre si ferme atteint mon piédestal.
Non loin, parmi ces pás, rêve mon précipice...
L'insensible rocher, glissant d'algues, propice
A fuir (comme en soi-même ineffablement seul),
Commence... Et le vent semble au travers d'un linceuil
Ourdir de bruits marins une confuse trame,
Mélange de la lame en ruine, et de rame...
Tant de hoquets longtemps, et de râles heurtés,
Brisés, repris au large... et tous les sorts jetés
Éperdument divers roulant l'oubli vorace.,.

Hélas! de mes pieds nus qui tmuvera la trace
Cessera-t-illongtemps de ne songer qu'à soi?

Terre trouble, et mélée à l'algue, porte-moi!

^up

Mystérieuse MOI, pourtant, tu vis encore!
Tn vas te reconnaître au lever de l'aurore
Amèrement la même...
. Un miroir de la mer
Se lève... Et sur la lèvre, un sourire d'hier
Qu'annonce avec ennui l'effacement des signes,
Glace dans l'orient déjà les pâles lignes
De lumière et de pierre, et la pleine prison
Où flottera l'anneau de l'unique horizon...
Regarde : un bras très pur est vu, qui se dénude.
Je te revois, mon bras... Tu portes l'aube...

. O rude
Réveil d'une victime inachevée... et seuil
Si doux... si clair, que flatte, affleurement d'écueil,
L'onde basse, et que lave une houle amortie!...
L'ombre qui m'abandonne, impérissable hostie,
Me découvre vermeille à de nouveaux désirs,
Sur le terrible autel de tous mes souvenirs.

Là,l'écume s'efforce à se faire visible;
Et là, titubera sur la barque sensible
A chaque épaule d'onde, un pêcheur éternel.
Tout va donc accomplir son acte solennel
De toujours reparaître incomparable et chaste,
Et de restituer la tombe enthousiaste
Au gracieux état du rire universel.

^up

Salut! Divinités par la rose et le sel,
Et les premiers jouets de la jeune lumière,
Îles!... Ruches bientôt quand la flamme première
Fera que votre rocbe, îles que je prédis,
Ressente en rougissant de puissants paradis;
Cimes qu'un feu féconde à peine intimidées,
Bois qui bourdonnerez de bêtes et d'idées,
D'hymnes d'hommes comblés des dons du juste éther,
Îles! dans la rumeur des ceintures de mer,
Mères vìerges toujours, même portant ces marques,
Vous m'êtes à genoux de merveilleuses Parques:
Rien n'égale dans l'air les fleurs que vous placez,
Mais dans la profondeur, que vos pieds sont glacés!

De l'âme les apprêts sous la tempe calmée,
Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,
Et vous, divins dégoûts qui me donniez l'essor,
Chastes éloignements des lustres de mon sort,
Ne fûtes-vous, ferveur, qu'une noble durée?
Nulle jamais des dieux plus près aventurée
N'osa peindre à son front leur souflle ravisseur,
Et de la nuit parfaite implorant l'épaisseur,
Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

Je soutenais l'éclat de la mon toute pure
Telle j'avais jadis le soleil soutenu...
Mon corps désespéré tendait le torse nu
Où I'âme, ivre de soi, de silence et de gloire,
Prête à s'évanouir de sa propre mémoire,
Écoute, avec espoir, frapper au mur pieux
Ce coeur, - qui se ruine à coups mystérieux
Jusqu'à ne plus tenir que de sa complaisance
Un frémissement fin de feuille, ma présence...

Attente vaine, et vaine... Elle ne peut mourir
Qui devant son miroir pleure pour s'attendrir.

^up

Ô n'aurait-il fallu, folle, que j'accomplisse
Ma merveilleuse fin de choisir pour supplice
Ce lucide dédain des nuances du sort?
Trouveras-tu jamais plus transparente mort
Ni de pente plus pure où je rampe à ma perte
Que sur ce long regard de victime entr'ouverte,
Pâle, qui se résigne et saigne sans regret?
Que lui fait tout le sang qui n'est plus son secret?
Dans quelle blanche pais cette pourpre la laisse,
A l'extrême de l'être et belle de faiblesse!
Elle calme le temps qui la vient abolir,
Le moment souverain ne la peut plus pâlir,
Tant la chair vide baise une sombre fontaine!
Elle se fait toujours plus seule et plus lointaine...
Et moi, d'un tel destin, le coeur toujours plus près,
Mon cortège, en esprit, se berçait de cyprès...
Vers un aromatique avenir de fumée,
Je me sentais conduite, offerte et consumée
Toute, toute promise aux nuages heureux!
Même, je m'apparus cet arbre vaporeux,
De qui Ia majesté légèrement perdue
S'abandonne à l'amour de toute l'étendue.
L'être immense me gagne, et de mon coeur divin
L'encens qui brûle expire une forme sans fin...
Tous les corps radieux tremblent dans mon essence!...

Non, non!... N'irrite plus cette réminiscence!
Sombre lys! Ténébreuse allusion des cieux,
Ta vigueur n'a pu rompre un vaisseau précieux...
Parmi tous les instants tu touchais au suprême...
- Mais qui l'emporterait sur la puissance même,
Avide par tes yeux de contempler le jour
Qui s'est choisi ton front pour lumineuse tour?

Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite
La nuit, d'entre les morts, au jour t'a reconduite?
Souviens-toi de toi-même, et retire à l'instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin),
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie...
Sois subtile... cruelle... ou plus subtile!... Mens!...
Mais sache!... Enseigne-moi par quels enchantements,
Lâche que n'a su fuir sa tiède fumée,
Ni le souci d'un sein d'argile parfumée,
Par quel retour sur toi, reptile, as-tu repris
Tes parfums de caverne et tes tristes esprits?

^up

Hier la chair profonde, hier, la chair maîtresse
M'a trahie... Oh! sans rêve, et sans une caresse!...
Nul démon, nul parfum ne m'offrit le péril
D'imaginaires bras mourant au col viril;
Ni, par le Cygne-Dieu, de plumes offensée
Sa brûlante blancheur n'effleura ma pensée...

Il eût connu pourtant le plus tendre des nids!
Car toute à la faveur de mes membres unis,
Vierge, je fus dans l'ombre une adorable offrande...
Mais le sommeil s'éprit d'une douceur si grande,
Et nouée à moi-même au creux de mes cheveux,
J'ai mollement perdu mon empire nerveux.
Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre...
Qui s'aliène?... Qui s'envole?... Qui se vautre?...
A quel détour caché, mon coeur s'est-il fondu?
Quelle conque a redit le nom que j'ai perdu?
Le sais-je, quel reflux traître m'a retirée
De mon extrémité pure et prématurée,
Et m'a repris le sens de mon vaste soupir?
Comme l'oiseau se pose, il fallut m'assoupir.

Ce fut l'heure, peut-être, où la devineresse
Intérieure s'use et se désintéresse :
Elle n'est plus la même... Une profonde enfant
Des degrés inconnus vainement se défend,
Et redemande au loin ses mains abandonnées.
Il faut céder aux voeux des mortes couronnées
Et prendre pour visage un souffle...
. Doucement, Me voici : mon front toucbe à ce consentement...
Ce corps, je lui pardonne, et je goûte à la cendre
. Je me remets entière au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs témoins, les bras suppliciés,
Entre des mots sans fin, sans moi, balbutiés.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence;
Retourne dans le germe et la sombre innocence,
Abandonne-toi vive aux serpents, aux trésors.
Dors toujours! Descends, dors toujours! Descends, dors, dors!

(La porte basse c'est une bague... où la gaze
Passe... Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase...
L'oiseau boit sur ta boucbe et tu ne peux le voir...
Viens plus bas, parle bas... Le noir n'est pas si noir...)

Délicieux linceuls, mon désordre tiède,
Couche où je me répands, m'interroge et me cède,
Où j'allai de mon coeur noyer les battements,
Presque tombeau vivant dans mes appartements,
Qui respire, et sur qui l'éternité s'écoute,
Place pleine de moi qui m'avez prise toute,
O forme de ma forme et la creuse chaleur
Que mes retours sur moi reconnaissaient la leur,
Voici que tant d'orgueil qui dans vos plis se plonge
A la fin se mélange aux bassesses du songe!
Dans vos nappes, où lisse elle imitait sa mort
L'idole malgré soi se dispose et s'endort,
Lasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,
Quand, de ses secrets nus les antres et les charmes,
Et ce reste d'amour que se gardait le corps
Corrompirent sa perte et ses mortels accords.
Arche toute secrète, et pourtant si prochaine,
Mes transports, cette nuit, pensaient briser ta chaîne
Je n'ai fait que bercer de lamentations
Tes flancs chargés de jour et de créations!
Quoi! mes yeux froidement que tant d'azur égare
Regardent là périr l'étoile fine et rare,
Et ce jeune soleil de mes étonnements
Me paraît d'une aïeule éclairer les tourments,
Tant sa flamme aux remords ravit leur esistence,
Et compose d'aurore une chère substance
Qui se formait déjà substance d'un tombeau!...
O, sur toute la mer, sur mes pieds, qu'il est beau!
Tu viens!... Je suis toujours celle que tu respires,
Mon voile évaporé me fuit vers tes empires...

... Alors, n'ai-je formé vains adieux si je vis,
Que songes?... Si je viens, en vêtements ravis,
Sur ce bord, sans horreur, humer la haute écume,
Boire des yeux l'immense et riante amertume,
L'être contre le vent, dans le plus vif de l'air,
Recevant au visage un appel de la mer;
Si l'âme intense souffle, et renfle furibonde
L'onde abrupte sur l'onde abattue, et si l'onde
Au cap tonne, immolant un monstre de candeur,
Et vient des hautes mers vomir la profondeur
Sur ce roc, d'où jaillit jusque vers mes pensées
Un éblouissement d'étincelles glacées,
Et sur toute ma peau que morde l'âpre éveil,
Alors, malgré moi-même, il le faut, ô Soleil,
Que j'adore mon coeur où tu te viens connaître,
Doux et puissant retour du délice de naître,
Feu vers qui se soulève une vierge de sang
Sous les espèces d'or d'un sein reconnaissant!

^up


La fileuse

Lilia..., neque nent

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.

Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.

Un arbuste et l'air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée;
Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse...

Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte;
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Ta soeur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

^up


... Spuren der Poesie

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